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Entre deux mondes, spirale infernale du maraîcher bio

Mis à jour : 11 oct 2019


Luc le maraîcher, sous une de ses quatre serre

Non loin de chez André vit Luc, son frère maraîcher qui cultive 4 hectares de légumes bio au moulin de Braux. Luc est tout autant impressionnant qu’André : à un âge tout autant avancé, il est toujours aux champs, déterminé et passionné. Plus qu’un métier, le maraîchage, l’amour de la terre est une destinée, un vocation pour Luc. Bourreau de travail, acharné de la vie, force brut et pure, Luc pousse son semoir comme s’il était près à affronter une tempête de sable, sur plus de 50 rangs d’un centaine de mètre en une matinée. Sous une chaleur de plomb où on a de la peine à respirer, lui ne semble pas subir les effets des rayons du soleil assommants de l’été, il continue chaque jour à se lever à 6h du matin pour faire ses 70h de travail par semaine. La force de ses convictions le pousse à poursuivre cette marche de Titan : à ne pas labourer, à poursuivre ses pratiques biologiques anciennes, à ne pas acheter de machine et à consommer très peu de pétrole bien qu’il sache qu’« 1 euro de produit chimique peut économiser 500 à 2000€ de main d’œuvre »...


Luc possède 4 hectares de terre qu'il cultive sans mécanisation

Fervent défenseur de l’agriculture biologique, fournir des paniers bios à ses quelques 25 familles, lui permet difficilement de maintenir un équilibre économique sur son exploitation. « Les gens ne se rendent pas compte de ce qu’est le travail de maraîcher bio, c’est une travail de forçat ». Ce n’est que grâce au woofing et aux quelques bénévoles, que Luc arrive à maintenir un chiffre d’affaire suffisant. La diversité d’activités que propose son frère André sur son lieu de vie attire nombre de jeunes curieux.es qu’il envoie le plus souvent possible chez son frère pour aider aux champs dans ce travail de sueur mélangées. Désirant rendre service et remplir le « contrat » qui engage le woofeur à 5h de travail quotidien en échange du gîte et du couvert, les intéressés s’y rendent le plus souvent avec enthousiasme. Au retour, après quelques heures de travail en plein cagnard, le discours est souvent mélangé de compassion et de révolte :


« C’est incroyable le travail à accomplir la-bas, Luc a vraiment besoin d’aide ! ».


Et pourtant… peu ont le courage d’y retourner malgré les délicieux plats dignes des plus grandes cuisines Françaises qu’accomplit Gérald avec brio.


Les problématiques que rencontre Luc sont diverses : La conscience des woofeurs que la production bio demande de la main d’œuvre est en voie d’extinction, l’effort est de moins en moins perçu comme un vecteur de réussite. Par ailleurs, le changement climatique qui soumet les cultures à des événements plus rudes et fréquent chaque année rend le travail plus fatiguant et désespérant, asséchant les cultures fragiles qui demandent chaque jour d’avantage de besoins en eau. Ces conditions obligent Luc à se rendre à Paris pour compléter la gamme de légumes qu’il propose sur un marché à Versailles. « Il y a certains légumes que je ne peux plus cultiver ». L’exploitation, la culture de ses terres depuis près de 30 ans ont rendu la terre peu fertile, favorisant la propagation du panique (panicum, une graminée invasive virulente) car après de nombreuses années sans couverture (paillage, intercultures), le sol tente de se protéger : Un sol non protégé se meurt peu à peu, il cherchera toujours à se couvrir pour se protéger du rayonnement solaire. La plupart des heures de travail des woofeurs passent donc en désherbage, un travail sans fin, éreintant et inutile car se battre contre la nature est un combat perdu d’avance : On a le sentiment de remplir encore et encore le tonneau des Danaïdes.


Luc sait qu’il devrait faire évoluer ses pratiques : faire des associations cultures (comme « les trois sœurs » qui associent courges, petits pois et maïs. Le maïs sert de tuteur au petit pois qui ramène de l’azote pour la courge qui rampe et couvre le sol) pour couvrir son sol en permanence, généraliser la technique du paillage qu’il teste depuis l’année dernière pour la première fois, implanter des arbres comme on le fait en agroforesterie ou encore créer d’avantage de rotations de cultures pour permettre à son sol de se régénérer…

Agroforesterie associant haricots et tilleuls

Le problème est qu’il n’a pas le temps.

Pas le temps de changer,

Pas le temps d’évoluer,

Pas le temps de s’adapter,

ni même le temps de penser !


La modernité de Taylor et la pensée rationnelle de Descartes ont finalement réussi à transformer l’homme en machine et à le piéger dans une spirale infernale dont il ne peut plus sortir. Nous lui avons suggéré de tester les micros-organismes efficaces que nous avons découverts chez Michel Rossignol. L’idée lui a beaucoup plu mais elle lui est presque aussitôt sortie de la tête tant il a de « priorités à gérer ». Luc est proche de la retraite, il lui reste 3 ans à travailler avant de prendre sa retraite. Il se résigne donc à tenir bon jusqu’au bout et ne projette pas de révolutionner ses pratiques sur ce court laps de temps :


« Ce serait à un jeune repreneur de tester ces nouvelles pratiques. Mais mieux vaut-il qu’il s’installe autre part que sur ces terres incultivables ! ».


CycleHope s’est proposé de lancé un appel grâce à son réseau pour l’aider à trouver preneur...

Si vous voulez apprendre le métier de maraîcher avec un spécialiste du domaine ou vous tester au woofing quelques temps, voici le contact de Luc et Martine, sa femme : Cliquez ici


Car certes, ces terres seront difficilement cultivables mais nombre de terres exploitées par de grands industriels ont aussi perdu toute fertilité par aspersion répétée de produits chimiques. Nous reste-t-il vraiment le lux de chercher des terres vierges et préservées de toutes pollutions ? De plus, n’est-il pas de notre responsabilité de restaurer la fertilité des terres que nous avons malmenées ?

Peut-être devrions nous collectivement penser comment revitaliser ces terres et comment régénérer la microbiologie de ces sols ! Il semble nécessaire de revoir la place des agriculteurs et des paysans dans notre pays et la manière dont on les considère. Ces cultivateurs, nourriciers de la population sans qui nous ne pourrions vivre touchent des salaires de misère.

Comment pratiquer des méthodes de cultures respectueuses du vivant et entretenir correctement les espaces naturels avoisinants (car c’est initialement la tâche du paysan que de prendre soin de son « pays ») quand on ne sait pas comment on va finir la fin du mois et qu’on travaille déjà plus de 70h/semaine ?

Vous pensez que c’est exagéré ? Non ! C’est une triste RÉALITÉ.


Acceptons et choisissons donc d’acheter bio, local et de payer nos fruits et légumes plus cher en conscience de ce que cela implique, des conséquences, en conscience. Inspirons nous de ces ACP (Agriculture contractuelle de proximité) Suisse, sorte d’AMAP (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne) où le client qui reçoit un panier de fruits et légumes bios chaque semaine est aussi « collaborateur » et s’engage ainsi à donner un jour de son temps par mois en échange pour donner un coup de main et apprendre aux champs comment sont cultivés ses légumes. Inspirons nous des méthodes agroécologiques, biodynamiques et permaculturelles qui réduisent le temps de travail tout dynamisant les cycles biologiques des écosystèmes. Pour finir, rassemblons nous et connectons à des réseaux locaux qui nous permettent de mieux nous connaître, mieux connaître notre terroir et ainsi être plus résilients et autonomes.


Clarence de CycleHope

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