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Citadins, allons voir le film "Au nom de la Terre"!

Publié le 17 novembre 2019


Le film "Au nom de la terre" est un drame Français d'Edouard Bergeon, avec Guillaume Canet, Veerle Baetens et Anthony Bajon. Actuellement diffusé dans les salles de cinéma.

Résumé du film

Le film débute en 1972 autour du personnage principal de Pierre qui hérite de la ferme familiale de son père. 15 ans plus tard, Pierre a agrandit la ferme et fait deux enfants, leur vie de famille est heureuse. Pierre se met alors en tête d’emprunter de l’argent aux banques pour concurrencer ses voisins agriculteurs conventionnels. Il apparaît comme fier et orgueilleux, n’écoutant ni sa femme ni son père qui le conjurent de ne pas avoir la folie des grandeurs. Mais Pierre ne se considère déjà plus comme un paysan mais comme un entrepreneur...

Poussé par un conseillé agricole, il va rentrer dans la spirale infernale de la technologie et des emprunts démesurés qui vont lui ôter toute liberté : il ne peux à présent plus faire machine arrière. Les immenses machines agricoles se multiplient tout comme le nombre d’animaux qu’il n’a plus le temps d’élever, sous les yeux désespérés de son père. A l’embrasement de l’entrepôt high-tech dernièrement acquis, tout bascule : Pierre entre en profonde dépression ce qui le mènera lentement jusqu’au suicide.


Analyse et critique

J’ai écris cet article juste après avoir vu le film dans un petit cinéma de campagne, en compagnie d’un groupe de vieux paysans (ou fils de paysans) non loin de Trémargat (180 habitants), en centre Bretagne. Ceux-ci connaissent les conditions de vie rurales et pour certains, un agriculteur qui s’est suicidé comme Pierre...


Ils ont trouvé le film fidèle à leur réalité et recommandent d’aller le voir !


J’ai récemment appris qu’il avait eu bien plus de succès en campagne qu’en ville alors que c’est précisément en ville qu’on aurait besoin de se reconnecter à la terre, à la réalité de la vie rurale pour retrouver de l’autonomie et ne plus se comporter comme des « patho-adolescents » dépendants de la société.


Les agriculteurs conventionnels sont souvent pointés du doigt comme étant les principaux responsables de la disparition d’espèces et de la destruction des écosystèmes à cause de l’usage massif d’intrants chimiques. En tant que jeune citadin « en quête de sens », il me semble très intéressant de voir ce film pour se rendre compte qu’ils ont autant été victimes de « la modernité » que n’importe lequel d’entre nous : Ils ont aussi cherché le confort et une plus grande espérance de vie à travers l’assistance de la technologie.

(De même, le documentaire « Adieu Paysan » montre bien l’évolution du modèle agricole et des conditions de production de l’après-seconde guerre mondiale à nos jours).


Ce film est très bien monté et les acteurs formidables !


Le film « Au nom de la Terre » montre pour moi comment la société capitaliste :

- Fait l’apologie de la « valeur travail », de l’argent et de la fierté d’entreprendre à tout prix (tenir coûte que coûte et ne rien lâcher !), faisant naître la mentalité « d’exploitant » au détriment de l’ancestrale tradition d’entraide et d’échange de services chez les paysans,

- Pousse les êtres humains à produire et consommer à outrance, et comment la concurrence et l’individualisme nous incitent à la déraison,

- Dévalorise la condition de paysan, insufflant l’idée que la vie urbaine est plus épanouissante et salutaire.


Le film cherche cependant à rester neutre le plus possible, à ne pas prendre parti.


De mon point de vue, les responsables de ce système de production agricole absurde sont trop peu dénoncés :

- Les traders qui spéculent sur les matières premières, qui jouent au « casino de la vie » ;

- Les multinationales qui ont engagé nombre de scientifiques pour mener des études visant à connaître la dangerosité des produits phytosanitaires qu’ils produis(ai)ent, mais qui se sont bien cachées de dévoiler les résultats. Celles qui ont commercialisé des produits dangereux sans tenir compte des alertes sur leur dangerosité, se sont enrichies, sont devenues super-puissantes et baignent aujourd’hui dans des conflits d’intérêts ;

- Les politiques nationales et européennes qui, à travers la Politique Agricole Commune (PAC) ont créé des conditions de concurrence insoutenables pour les paysans et uniformisé une mosaïque de pratiques agricoles, détruisant ainsi les terroirs, la culture, les savoirs-faire, les traditions, jusqu’à la santé mentale et physique des paysans partout en Europe.


Le matérialisme moderne et le consumérisme est très jeune dans l’histoire de l’humanité mais fermement implanté dans nos esprits...


Comme me l’a dit mon oncle âgé de 53 ans :


« Notre génération a grandit dans la peur du manque et bridé par la valeur travail, synonyme d’effort et de souffrance ».

Jean-Marc


Les deux guerres mondiales ont marqué les esprits et engendré des traumatismes. L’accumulation de richesses et de biens, la quête de la sécurité, l’inertie au changement, la peur de l’inconnu, la moindre capacité de créativité et de croyance en l’épanouissement de l’individu, etc. sont autant de traits qui nous empêchent aujourd’hui de concevoir un monde meilleur.


Une dame également d'une cinquantaine d’années m’a dit que sa mère achetait tout en triple pour elle et ses deux sœurs quand elle était jeune, sans même savoir si ce qu’elle achetait leur plairait ou serait à leur taille ! Elle a reconnu être attachée aux objets de sa mère récemment décédée, n’arrivant ni à jeter ses affaires ni à faire le tri dans les siennes ! Ce sont des pièces et des garages entiers qui sont aujourd’hui remplis de vieux objets dont bon nombre sont neufs !!

Combien d’entre nous gardent en se disant « ça servira sûrement un jour » et finissent par jeter alors que nous pourrions mettre ces ressources en commun. Avoir le sens du commun plutôt que de la propriété, se détacher du matériel...


Il semble que ces habitudes, ces automatismes intérieurs nous empêchent d’évoluer.

CycleHope croit en « l’autre loi de la jungle » (livre de Pablo Servigne) : l’entraide, le collectif/communauté, en l’espoir de vivre plus librement et épanouis. Un travail de remise en question et d’introspection semble nécessaire pour rompre ces héritages, ces cycles de conditionnement, et ne pas transmettre de « mauvais réflexes » (automatismes consuméristes par exemple) à nos enfants.


Il s’agirait de « rendre à nos parents ce qui leur appartient » par l’introspection, l’échange et le partage.

Frédéric


La planète a ses limites : Nous avons la dure responsabilité d’emprunter la courbe croissante des besoins de nos parents dans l’autre sens. Si nous ne le faisons pas volontairement aujourd’hui par notre propre volonté, nous y seront vraisemblablement bientôt contraints.

Empruntons le chemin de la sobriété (Vers la sobriété heureuse, Pierre Rabhi) et de la simplicité, dans la justesse et la discipline pour tendre vers l’harmonie avec le vivant. Soyons vigilants par exemple quand on parle de créer l’abondance en permaculture : « Grande quantité, quantité dépassant les besoins »...


L’avenir est dans le génie de la simplicité, le pouvoir de la créativité et l’élégance de la sobriété

Éthique des Colibris


Pour CycleHope, cela signifie retrouver des valeurs humanistes : une fine connaissance de notre environnement, des savoirs-faire foisonnants, une entraide omniprésente, des traditions et une culture locale forte...


Retrouver de la terre sous nos pieds et de la convivialité semble impliquer un retour à nos campagnes !


Rédaction de Clarence Baranger

Relecture et conseils d'Héléna Mahy et Clément Scoatariu

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