Introduction

à la permaculture

La permaculture est une méthode systémique et globale qui vise à concevoir des systèmes (par exemple des habitats humains et des systèmes agricoles, mais cela peut être appliqué à n'importe quel système) en s'inspirant de l'écologie naturelle (biomimétisme) et de la tradition (artisanat, métiers ancestraux, outils, techniques, méthodes, astuces).

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Le destruction des écosystèmes engendrée par l'activité humaine et le déséquilibre qu'il a créé ces dernières décennies conduit à vouloir étendre la définition de la permaculture à « l'agradation et la régénération de la vie biologique des écosystèmes ».

Elle n'est pas une méthode figée mais un « mode d'action » qui prend en considération la biodiversité de chaque écosystème. Au centre de la permaculture, il y a trois principes fondamentaux qui forment le socle éthique de la conception permaculturelle :

  1. Prendre soin de la terre

  2. Prendre soin de l'humain, Interdépendance/vacuité et altruisme/compassion de Matthieu Ricard

  3. Partager équitablement.

       Equité,

       Eviter, limiter, compenser,

       Action, réciprocité, pardon,

       Equilibre des écosystèmes, 

       régulation des populations,

       Créer l’abondance, redistribuer

       les surplus.

Dessin 1 : L’éthique de la permaculture représentée par un mandala.

La permaculture ambitionne une production agricole durable, très économe en énergie (autant en ce qui concerne le carburant que le travail manuel et mécanique) et respectueuse des êtres vivants et de leurs relations réciproques, tout en laissant à la nature « sauvage » le plus de place possible.

Cette méthode a été théorisée dans les années 1970 par les Australiens Bill Mollison (biologiste) et David Holmgren (essayiste). Le terme permaculture signifiait initialement « agriculture permanente », mais il a été rapidement étendu pour signifier « culture de la permanence » car les aspects sociaux faisaient partie intégrante d'un système véritablement durable.

Conscients de la vacuité du système puissant mais terriblement fragile et destructeur, David Holmgren et Bill Mollison se posent la question de la durabilité ou plutôt de la soutenabilité des sociétés humaines. En s’inspirant des peuples premiers, d’illustres aïeux (Fukuoka, Yeomans, Odum, …) puis des récentes découvertes en biologie, thermodynamique, agriculture, climatologie, ils co-créent le concept de la permaculture.

De « permanent agriculture » au départ (car l’alimentation soutenable est la base d’une société durable), la définition s’élargit peu à peu en « permanent culture », joliment traduite par « culture de la permanence ».

De fait, la permaculture a été conçue pour répondre à la question fondamentale :

Qu’est-ce qui peut rendre une société humaine, durable?

Avec ce sens étendu, la permaculture forme des individus à une éthique ainsi qu'à un ensemble de principes. L'objectif étant de permettre à ces individus de concevoir leur propre environnement (design permaculturel), et ainsi de créer des habitats humains plus autonomes, durables et résilients, et donc une société moins dépendante des systèmes industriels de production et de distribution (identifiés par Mollison comme le fondement de la destruction systématique des écosystèmes).

Elle utilise entre autres des notions d'écologie, de paysagisme, d'agriculture biologique, de biomimétisme, d'éthique, de philosophie et de pédologie. La permaculture invite à mettre ces aspects théoriques en relation avec les observations réalisées sur le terrain de façon harmonieuse.

« ...répandre de la paille... est le fondement de ma méthode pour faire pousser le riz et les céréales d'hiver. C'est en relation avec tout, avec la fertilité, la germination, les mauvaises herbes, la protection contre les moineaux, l'irrigation. Concrètement et théoriquement, l'utilisation de la paille en agriculture est un point crucial. Il me semble que c'est quelque chose que je ne peux faire comprendre aux gens. »

« Faire pousser des arbres sans élagage, sans fertilisant ni pulvérisations chimiques n'est possible que dans un environnement naturel. »

« Comme la nourriture naturelle peut être produite avec le minimum de coût et d'effort, j'en déduis qu'elle devrait être vendue meilleur marché. »

Jusqu'à ce qu'il lise le livre de Masanobu Fukuoka, La révolution d'un seul brin de paille (1975, traduit en anglais en 1978), Bill Mollison se demandait comment intégrer de manière satisfaisante les céréales et les légumineuses dans la permaculture. Les travaux du Japonais en agriculture naturelle le mirent sur la voie.

Ce dernier avait réussi notamment la culture du riz et de l'orge sans travail du sol (sous une couverture permanente de trèfle blanc), sans désherbage mécanique, sans engrais préparé et sans pesticide, tout cela avec des rendements égaux et parfois supérieurs à ceux de l'agriculture chimique. Bill Mollison, dans son second livre Perma-Culture 2, fait doublement référence à Fukuoka : il s'appuie sur ses travaux agricoles, mais le cite aussi en introduction comme celui ayant le mieux énoncé la philosophie de la permaculture.

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Masanobu Fukuoka

La révolution d'un seul brin de paille

En laissant faire la nature, et en limitant au maximum les interventions humaines nécessaires, Fukuoka réalise que le rendement de sa production de riz est meilleur qu'en agriculture classique. Même sans apport extérieur, sa méthode d'agriculture a pour principal effet d'enrichir le sol plutôt que de l'épuiser (compost, engrais verts, stimulation bactérienne…).

Selon lui, l'esprit de discrimination (méthode analytique, raisonnée), qui frappe l'ensemble de nos sociétés, a touché aussi l'agriculture productiviste moderne, et en explique les dérives. L'esprit de non-discrimination (méthode systémique, holistique, intuitive) permet à l'homme attaché à la nature de la percevoir comme un tout non différentiable.

Beaucoup de travail a été fait pour adapter la méthode Fukuoka aux conditions de l'agriculture européenne, entre autres les recherches des français Marc Bonfils et Claude Bourguignon, le travail de Emilia Hazelip, qui au cours de nombreux stages en France, en Espagne, et aux États-Unis, ont repris les fondamentaux du travail de Fukuoka.

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Claude Bourguignon

Protéger les sols pour préserver la biodiversité

En France, quelques essais ont été réalisés. Les plus célèbres sont ceux de Marc Bonfils et ceux de Perrine et Charles Hervé-Gruyer à la ferme du Bec Helloin. Une étude minutieuse de ces affirmations a montré que les rendements obtenus ne sont pas uniformément élevés mais que, lorsqu'ils le sont, c'est avec une très faible consommation d'intrants. Depuis, 2005, l'Institut technique d'agriculture naturelle a pour vocation de développer et promouvoir l'agriculture naturelle en France.

« Yeomans est un maître de la planification, Fukuoka un maître de la stratégie ».

Bill Mollison et David Holmgren

L’Australien Percival Alfred Yeomans introduisit dans les années 1950 la méthode des contours (« Keyline Design ») comme méthode d’approvisionnement et de distribution en eau d’un site. Cette approche de l'aménagement influença fortement les fondateurs de la permaculture.

Yeomans est connu pour avoir inventé un mode de conception et de gestion des paysages agricoles faisant un usage optimal de l’eau. Issu de l'ingénierie minière du terrassement, il a développé un sens aigu de l'observation hydrologique et topographique.

Figure 3 : Représentation des Keyline (courbes de niveau)

Percival Alfred Yeomans est aussi à l’origine de la notion d’ « échelle de permanence » dont le travail repris par Darven Doherty. Les niveaux de permanence correspondent à l'énergie nécessaire à déployer pour les modifier. Plus le niveau est grand, plus la caractéristique du site est aisément contrôlable :

       1. Le climat,

       2. La géographie, la topographie,

       3. L'eau dans le paysage,

       4. Les accès : Les routes et les chemins,

       5. Le boisement, les haies, les forêts,

       6. Les bâtiments et les structures,

       7. Les clôtures,

       8. Les sols et les cultures,

       9. Le volet économique,

      10. L'énergie.

Le travail de Howard T. Odum fut aussi une influence importante, surtout pour David Holmgren. Le travail d’Odum s’est surtout axé sur l’écologie des systèmes, en particulier le principe du maximum de puissance, principe duquel découle l'idée cardinale que les écosystèmes tendent à optimiser l'utilisation de l'énergie (limitation entrants/sortants, réemploi, ressources locales peu transformées).

Une autre influence précoce fut le travail d’Esther Deans, qui fut le pionnier des méthodes de non travail du sol. D’autres influences récentes incluent le système VAC au Viêt Nam.

Mais l'idée est beaucoup plus ancienne comme Christophe Gatineau le décrit dans son ouvrage Aux sources de l'agriculture, la permaculture : illusion et réalité : déjà aux XVIIe et XVIIIe siècles, on trouve des précurseurs de la permaculture dans des ouvrages tels que L'agronome.

Le dictionnaire portatif du cultivateur de Pons Augustin Alletz qui écrit en 1760 :

« C’est une chimère que de prétendre donner une méthode d'Agriculture générale : il en faudrait une différente pour chaque province ou chaque canton ; car chaque province ne doit travailler à perfectionner que ce qu'elle possède, et ne faire d'essais que sur les productions analogues à son terroir. […] C'est donc une nécessité pour le progrès de l'Agriculture de ne suivre que des exemples tirés d'un terrain, qu'on sait être semblable à celui qu'on veut fertiliser. »

Chaque province ne doit travailler à perfectionner que ce qu'elle possède…

« Ce concept de diversité s'oppose à l'uniformité et à la mondialisation des pratiques et des savoir-faire agricoles » ajoute l'auteur de cet essai. Ce nouvel éclairage est à prendre en considération d'autant qu'à cette époque l'agriculture n'était pas un ensemble de techniques mais un « art » à part entière (une méthode globale cohérente), ce que tous les écrits de l'époque confirment, à commencer par l’article « agriculture » du Dictionnaire de l’Académie française.

« Il n'est rien qui ne s'arrange par la pratique du non-agir. » Lao Tseu

« Toute tentative de l'homme visant à « faire mieux » que la nature ne peut qu'entraîner une baisse de rendement, une destruction des sols et une perte de sens. »

Masanobu Fukuoka

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